Droits de douane et TVA sur une importation de Chine
Le prix payé à l’usine n’est jamais le prix de revient. Entre les deux s’intercalent trois prélèvements distincts, calculés sur des bases différentes, selon un ordre qui ne se devine pas. Voici ce qui s’ajoute, et comment chaque montant se détermine.
Mis à jour en septembre 2026
Trois prélèvements, pas un seul
On parle couramment de « frais de douane » comme d’un bloc. Il s’agit en réalité de prélèvements indépendants, qui obéissent chacun à leur logique :
- Les droits de douane, dus au budget de l’Union européenne, dont le taux dépend de la nature du produit
- La TVA à l’importation, due au Trésor français, au taux applicable au produit sur le marché intérieur
- Le cas échéant, des droits antidumping, qui frappent certaines marchandises d’origine chinoise et peuvent dépasser de loin les droits ordinaires
Les deux premiers concernent toute importation. Le troisième ne concerne que des catégories visées par un règlement européen — mais quand il s’applique, il change l’économie entière du dossier.
La valeur en douane, base de tout le calcul
Rien ne se calcule sur le prix facturé par l’usine. Tout se calcule sur la valeur en douane, qui correspond au prix réellement payé, augmenté des frais engagés jusqu’au point d’entrée dans l’Union : transport principal, assurance, frais de chargement et de manutention en amont.
La conséquence est directe et souvent découverte trop tard : un prix négocié en FOB n’est pas une valeur en douane. Il faut y ajouter le fret maritime et l’assurance pour obtenir la base taxable. Sur un envoi de faible valeur mais volumineux, cet écart n’a rien d’anecdotique.
L’ordre du calcul
Les trois étapes s’enchaînent, chacune servant de base à la suivante. C’est ce qui explique que la TVA porte aussi sur les droits de douane — elle s’applique à un montant qui les inclut déjà.
De quoi chaque montant est calculé
| Étape | Assise sur |
|---|---|
| Valeur en douane | Prix payé + transport + assurance jusqu’à la frontière de l’Union |
| Droits de douane | Valeur en douane × taux attaché au code SH |
| TVA à l’importation | Valeur en douane + droits de douane + frais postérieurs jusqu’au lieu de destination |
Le code SH décide de tout
Il n’existe pas de « taux de douane pour la Chine ». Le taux est attaché au produit, pas au pays : il découle du classement tarifaire, exprimé par un code à six chiffres harmonisé mondialement, porté à huit chiffres à l’import dans l’Union. Ce code détermine le taux des droits, l’existence éventuelle de droits antidumping, et les normes à respecter.
Un classement erroné ne se solde pas par un simple ajustement : il expose à un redressement sur trois ans, majorations comprises. Et la responsabilité en incombe à l’importateur, même lorsque le code a été suggéré par le fournisseur ou repris d’une facture chinoise.
Pour un produit récurrent ou dont le classement prête à discussion, l’administration délivre un renseignement tarifaire contraignant (RTC) : une décision écrite qui fixe le classement, engage l’administration pour trois ans et vaut dans toute l’Union. La démarche est gratuite. Sur un flux appelé à se répéter, c’est la sécurité la moins chère du dossier.
Ce qui a changé le 1er juillet 2026
Jusqu’à cette date, les envois d’une valeur intrinsèque inférieure à 150 € entraient sans droits de douane. Cette franchise est supprimée. La mesure vise le flux des colis de très faible valeur expédiés directement depuis l’Asie — 5,9 milliards d’articles entrés dans l’Union sur la seule année 2025.
Elle est remplacée, du 1er juillet 2026 au 1er juillet 2028, par un droit forfaitaire de 3 € par catégorie tarifaire d’article, en attendant l’entrée en service du dispositif définitif.
Pour un importateur professionnel qui reçoit des conteneurs, le changement est marginal : ses envois dépassaient déjà le seuil. Il est en revanche décisif pour qui fait venir des échantillons, des pièces détachées ou de petites séries en envois fractionnés — un mode d’approvisionnement dont l’avantage fiscal vient de disparaître.
La TVA ne s’avance plus
Depuis le 1er janvier 2022, la TVA à l’importation ne se règle plus auprès de la douane : elle est autoliquidée sur la déclaration de TVA. Le mécanisme n’est pas une option, c’est le régime de droit commun pour toute entreprise française assujettie.
En pratique, la TVA collectée et la TVA déductible sont portées simultanément sur la même déclaration CA3. L’opération est neutre en trésorerie pour une entreprise qui récupère intégralement sa TVA : plus d’avance de fonds à la douane, plus d’attente de remboursement.
La déclaration est préremplie à partir des données douanières le 14 du mois, à vérifier et à valider avant le 24. Le préremplissage ne vaut pas contrôle : c’est à l’entreprise de rapprocher les montants de ses propres déclarations d’importation, et de corriger le cas échéant.
Une importation suppose enfin un numéro EORI, identifiant douanier unique dans l’Union. Il s’obtient gratuitement auprès de la douane, mais doit être demandé avant l’arrivée de la marchandise : sans lui, aucune déclaration ne peut être déposée.
Le MACF, nouvelle condition d’entrée pour certaines matières
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026, après une période purement déclarative ouverte en 2023. Il ne relève ni des droits de douane ni de la TVA : c’est une troisième obligation, distincte, qui conditionne l’entrée de la marchandise.
Six familles sont visées : le ciment, le fer et l’acier, l’aluminium, les engrais, l’électricité et l’hydrogène, au-delà d’un seuil de 50 tonnes importées par an. Un importateur de pièces métalliques, de visserie ou de structures en aluminium peut donc y tomber sans se percevoir comme un industriel de l’acier.
Les importateurs concernés doivent obtenir la qualité de déclarant MACF autorisé, déclarer les émissions incorporées à leurs marchandises et restituer chaque année des certificats correspondants, au plus tard le 31 mai.
Le point à retenir tient en une date : depuis le 1er avril 2026, une marchandise couverte présentée par un importateur non autorisé est bloquée en douane. L’autorisation se demande en amont, pas au moment où le conteneur se présente.
Questions fréquentes
- Quel est le taux de droits de douane pour une importation de Chine ?
Il n’y en a pas un seul. Le taux dépend du produit, pas du pays d’origine : il découle du classement tarifaire du bien, exprimé par son code SH. Deux articles expédiés dans le même conteneur peuvent relever de taux très différents. Certaines catégories supportent en outre des droits antidumping propres à l’origine chinoise, qui s’ajoutent aux droits ordinaires.
- La franchise de 150 € s’applique-t-elle encore ?
Non. L’exonération de droits de douane pour les envois d’une valeur intrinsèque inférieure à 150 € a été supprimée le 1er juillet 2026. Elle est remplacée jusqu’au 1er juillet 2028 par un droit forfaitaire de 3 € par catégorie tarifaire d’article. La TVA, elle, était déjà due dès le premier euro depuis la réforme de juillet 2021.
- Faut-il avancer la TVA à la douane ?
Non, plus depuis le 1er janvier 2022. La TVA à l’importation est autoliquidée sur la déclaration CA3 : elle y figure simultanément en TVA collectée et en TVA déductible. Pour une entreprise qui récupère l’intégralité de sa TVA, l’opération est neutre en trésorerie. Le régime est obligatoire, non optionnel.
- Sur quelle valeur les droits sont-ils calculés ?
Sur la valeur en douane, c’est-à-dire le prix effectivement payé augmenté des frais de transport et d’assurance engagés jusqu’au point d’entrée dans l’Union européenne. Un prix FOB doit donc être majoré du fret et de l’assurance avant tout calcul. La TVA se calcule ensuite sur cette valeur en douane augmentée des droits de douane eux-mêmes.
- Comment calculer les droits de douane sur une importation de Chine ?
En trois temps. D’abord la valeur en douane : prix effectivement payé, augmenté du transport et de l’assurance jusqu’au point d’entrée dans l’Union. Ensuite les droits : cette valeur multipliée par le taux attaché au code SH du produit. Enfin la TVA, calculée sur la valeur en douane augmentée des droits de douane et des frais postérieurs jusqu’au lieu de destination. Chaque étape sert de base à la suivante, ce qui explique que la TVA porte aussi sur les droits.
- Quel est le taux de TVA à l’importation en France ?
Le taux applicable est celui du produit sur le marché intérieur : 20 % dans le cas général, 10 %, 5,5 % ou 2,1 % pour les catégories qui en relèvent. L’importation ne crée pas de taux spécifique. Depuis le 1er janvier 2022, cette TVA est autoliquidée sur la déclaration CA3 et n’est plus avancée à la douane.
- Qu’est-ce qu’un numéro EORI et comment l’obtenir ?
C’est l’identifiant douanier unique de votre entreprise dans l’Union européenne, exigé pour toute déclaration d’importation ou d’exportation. Il s’obtient gratuitement auprès de l’administration des douanes et reste valable dans tous les États membres. Il doit être demandé avant l’arrivée de la marchandise : sans lui, aucune déclaration ne peut être déposée, et le conteneur attend pendant que les frais de stationnement courent.
- Existe-t-il un accord de libre-échange entre l’Union européenne et la Chine ?
Non. L’Union applique aux marchandises d’origine chinoise le tarif douanier commun, aux taux dits de la nation la plus favorisée. La Chine est par ailleurs exclue du système de préférences généralisées, dont elle bénéficiait avant son retrait progressif. Il n’existe donc aucun régime tarifaire préférentiel : un certificat d’origine chinois ne réduit pas les droits, il justifie l’origine.
- Qu’est-ce que le MACF et suis-je concerné ?
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026, après une période déclarative ouverte en 2023. Il vise le ciment, le fer et l’acier, l’aluminium, les engrais, l’électricité et l’hydrogène, au-delà d’un seuil de 50 tonnes par an. Les importateurs concernés doivent être déclarants autorisés, déclarer les émissions incorporées et restituer des certificats. Depuis le 1er avril 2026, une marchandise couverte présentée par un importateur non autorisé est bloquée en douane.
- Qu’est-ce qu’un droit antidumping ?
C’est un droit additionnel institué par règlement européen sur une catégorie de marchandises et une origine déterminées, lorsque leur prix à l’exportation est jugé inférieur à leur valeur normale. Il s’ajoute aux droits de douane ordinaires et peut en représenter plusieurs fois le montant. Il s’apprécie au niveau du code tarifaire et parfois du fabricant nommément désigné : deux usines produisant le même article peuvent relever de taux différents.
- Que risque-t-on en cas de classement tarifaire erroné ?
Un redressement portant sur les droits et la TVA éludés, assorti d’intérêts et, selon les cas, de majorations. Le fait que le code ait été communiqué par le fournisseur ne constitue pas une excuse recevable : la déclaration est faite en votre nom. Un renseignement tarifaire contraignant, gratuit et opposable trois ans dans toute l’Union, met le classement à l’abri d’une remise en cause rétroactive.
- Comment trouver le code SH d’un produit ?
Le classement se déduit de la nature du produit, de sa matière et de sa fonction, selon les règles générales d’interprétation de la nomenclature. Les six premiers chiffres sont harmonisés à l’échelle mondiale, les deux suivants propres à la nomenclature combinée européenne. Une description commerciale ne suffit pas : deux articles au nom identique peuvent relever de positions distinctes selon leur composition. En cas de doute, le renseignement tarifaire contraignant tranche la question de manière opposable.
Un import à chiffrer ?
Le prix usine n’est qu’une partie du coût de revient. Nous intervenons en amont, quand les arbitrages se prennent encore.
Sourcing, contrôle qualité, logistique : nos prestations se confient séparément ou ensemble.